Les chroniques Les duels de ma vie ou le journal d'une ancienne combattante
L'oie sauvage et la babouchka
Prendre un enfant par la main
Mon père
Prudence
Développement personnel : ouvre tes shakras !
Animal
Chacun son cinéma !
Les Chroniques de Maaarge
Mon baptême
Comment j'ai vaincu la mort
Les aventures du chaisard voyageur...
La bonne occase
L’horoscope de l’orchestre
Patientez, mademoiselle !
Amour, mon cher et tendre amour
La marque sur le mur
Dom' - Episode 6
Dom' - Episode 5
Dom' - Episode 4
Dom' - Episode 3
Dom' - Episode 2
Dom' - Episode 1
Florilège
Le Bonheur
Rocking Chair
Guillemette, 1429
Aeneas
De goélette en galère
Une amitié virtuelle
Où l'auteur croise un envoyé de Dieu
Où l’auteur pique un fard
C’était une petite fille blonde...
Rendez-vous
Julie
La maladie
La mer se souvient
La chaise qui voulait rouler |
Marie-Madeleine Lion a été, pendant de nombreuses années, la correspondante Nafsep, très efficace, du département de l’Eure. Elle profite aujourd'hui d'une retraite bien méritée pour raconter sa propre histoire.
PROLOGUE
 Qu’elle est exaltante, la vie, quand on a 22 ans ! Après l’obtention du diplôme d’infirmière, dans l’attente de celui de puéricultrice, disposant d’une santé de fer et des projets plein la tête...
Nous sommes en octobre 1954. Après des vacances sportives, une marche quotidienne de 30 kilomètres depuis Rocamadour jusqu’à Lourdes, pendant deux semaines, j’arpente les couloirs du métro pour rejoindre mon terrain de stage.Je me réjouis de cette découverte professionnelle ; je rêve de l’avenir, avenir que je souhaite consacrer aux enfants malades, handicapés, victimes d'un climat familial difficile. Comptant sur une résistance physique notable qui ne m’a jamais trahie, je peux me permettre d’embrasser cette foule de projets, sans doute passai-je même pour la costaude de la promotion, par rapport aux copines qui se disaient épuisées, pour un peu j’aurais douté de leur fatigue ! Le trimestre se passa aisément, puis les vacances de Noël apportèrent, comme à l’accoutumée, leur lot de réjouissances familiales et amicales.
L’INVASION
Curieusement, la reprise des cours et des stages me parut harassante ; les trajets semblaient n’en plus finir ; or, dans les transports comme au travail, durant les soins aux nouveau-nés prématurés, il me fallait le plus souvent me tenir debout !
Chaque jour s’avère plus difficile. A la fatigue s’ajoutent des troubles curieux, bizarres, inconnus, je ne sens plus mes jambes, mes cuisses, mes fesses. Quand j’emprunte les escaliers, il me faut regarder mes pieds pour savoir où j’en suis, mon corps me trahit ; lui, si docile pour me mener aussi loin que je le voulais, voici qu’il ne m’obéit plus !
Effarée, hallucinée, moi l’increvable, c’est impossible! Ce doit être mon imagination! Bien sûr je n’en parle à personne, les copines s’étonnent, mais chacun se démène, gère sa propre fatigue, tente de dominer ses difficultés, comme partout.
Je me tais, mettant sur le compte des trajets et des longues stations debout qu’impose le stage, l’épuisement qui m’assaille.
DÉCLARATION DE GUERRE
Mon inquiétude grandit à mesure que mes forces prennent la fuite. A l’occasion des vacances de février, je me décide enfin à consulter mon oncle, médecin généraliste.
Non sans difficulté, j’avoue ma fatigue, j’énonce mon inquiétude, mon étonnement à l’étrangeté de ce corps qui m’échappe, que je ne contrôle plus entièrement.
Convaincue qu’il se passe quelque chose «dans ma tête», c’est avec une honte mal dissimulée que je décris dans le détail ce que j’éprouve dans cette carcasse anéantie.
A mon grand étonnement, le médecin m’écoute sans manifester de surprise, il m’aide à exprimer les troubles indicibles. Avec bienveillance, il soutient mes pas, m’aide à marcher avec sollicitude et délicatesse, il procède à l’examen des réflexes cutanés ; tout l’ensemble le conforte dans son diagnostic.
Aussitôt, un rendez–vous est pris avec un confrère neurologue à la Salpétrière. Le diagnostic est confirmé ; mais qu’est-il au juste ce diagnostic? Maladie de la moelle épinière ? Myélite ? Je vis là des moments d’une douloureuse intensité ; il n’y a plus ni passé ni avenir, tout peut arriver. En tout cas je me sens si fatiguée que ma préoccupation immédiate, c’est de me coucher, de ne plus bouger.
Le neurologue ne se montre pas plus disert : Oui c’est une forme de myélite. Je n’en saurai pas plus ce jour là, d’ailleurs je n’en ai pas vraiment envie. Tout se bouscule, tout s’effondre. Je ne retournerai pas à l’école, ni au stage et, l’on s’en doute, je suis anéantie, malgré le réconfort de la maison familiale. La ponction lombaire, seul examen à l’époque (1955), renforce encore les avis, mais je ne dispose d’aucune information concrète, si ce n’est ce terme : myélite.
En dépit de ma formation d’infirmière, je ne tente pas d’en savoir plus ; il est vrai que nous, élèves infirmières, étions habituées à respecter les silences du «maître».
Ainsi ne me suis-je pas insurgée à ce moment-là, face au silence, craignant plus ou moins consciemment une terrible révélation, inacceptable à 22 ans ! (Je tente, dans mon récit, de respecter fidèlement mes pensées de l’époque.)
La suite dans le prochain numéro...
Illustration : la basilique Saint-Sauveur, Rocamadour, Quercy 2008
Béatrice Vittoz-Colin
Cliquer sur le logo pour accéder à son site :
|